Installer une mare naturelle au jardin, c’est un peu comme ouvrir un gîte quatre étoiles pour la faune sauvage. En permaculture, l’eau est au cœur de la fertilité : elle attire les auxiliaires, régule le microclimat, crée des micro-habitats précieux et transforme un simple jardin en véritable oasis de biodiversité. Que vous disposiez d’un grand terrain ou d’un petit coin de cour, une mare bien pensée est à la portée de tous.
Pourquoi une mare est un atout majeur en permaculture
Une mare naturelle ne se limite pas à un élément décoratif. Elle devient rapidement un pilier du système de permaculture, au même titre que le potager ou les haies fruitières.
Voici quelques bénéfices majeurs :
- Augmentation spectaculaire de la biodiversité : grenouilles, tritons, libellules, oiseaux, hérissons, escargots… une foule d’animaux vient profiter de l’eau, des abris et de la nourriture.
- Régulation naturelle des ravageurs : grenouilles, crapauds et tritons se régalent de limaces ; les libellules chassent les moustiques ; les oiseaux insectivores viennent boire et chasser aux abords de l’eau.
- Création d’un microclimat bénéfique : l’eau emmagasine la chaleur le jour et la restitue la nuit, atténuant les écarts de température à proximité des cultures.
- Réserve d’eau gratuite : la mare peut participer à la gestion de l’eau au jardin, servir de tampon en cas de fortes pluies et, dans certains cas, de réserve d’appoint pour l’arrosage (avec précautions).
- Support pédagogique et esthétique : c’est un formidable outil d’observation pour les enfants comme pour les adultes, et un élément paysager très apaisant.
En permaculture, l’idée est de créer des synergies : la mare rend service au potager, au verger, aux haies, et ces éléments, à leur tour, protègent et alimentent la mare (feuilles mortes, ombre, insectes…).
Choisir l’emplacement idéal de la mare
Le choix du lieu conditionne fortement la réussite de votre mare naturelle. Il s’agit de trouver un compromis entre lumière, ombre, sécurité et proximité des autres zones du jardin.
Quelques critères importants :
- Ensoleillement : 4 à 6 heures de soleil par jour est un bon équilibre. Trop d’ombre ralentit la vie aquatique, trop de soleil favorise les algues filamenteuses.
- Distance des grands arbres : éviter la proximité immédiate des grands feuillus (racines, feuilles en excès, ombre dense). Une certaine distance (3 à 5 m) est appréciable.
- Position dans la topographie : un léger point bas du terrain est idéal, surtout si vous pouvez y diriger l’eau de pluie d’un toit ou d’une allée.
- Proximité du potager : placer la mare non loin des zones de culture permet aux auxiliaires de circuler facilement entre ces différents milieux.
- Accessibilité et sécurité : prévoyez un accès facile pour l’entretien et la contemplation, tout en prenant en compte la sécurité des jeunes enfants (pentes douces, végétation, barrière si nécessaire).
Si possible, évitez les zones traitées (herbicides, désherbants de voisinage, routes très passantes) : la mare risque de devenir un piège mortel pour la faune aquatique sensible aux polluants.
Dimensions, forme et profondeur : penser comme un écosystème
Il n’existe pas de “taille parfaite” : même une petite mare de 1 m² peut déjà attirer de nombreux animaux. Cependant, quelques règles de base améliorent stabilité et autonomie de l’écosystème.
- Surface : à partir de 3 à 4 m², l’équilibre biologique est généralement plus facile à atteindre, l’eau se réchauffe moins vite et les variations de niveau sont plus progressives.
- Profondeur maximale : une zone à 60–80 cm de profondeur minimum est très utile pour offrir un refuge contre le gel et la surchauffe estivale.
- Plages en pente douce : prévoyez des bords très inclinés (pente douce) pour permettre aux animaux d’entrer et sortir facilement, mais aussi pour accueillir des plantes de berge.
- Multiplication des micro-zones : plateaux, marches, creux… tout ce relief crée des habitats différents (eau profonde, eau peu profonde, zone de transition, berge humide).
Côté forme, les mares aux contours organiques (courbes, sans angles vifs) s’intègrent mieux dans un jardin en permaculture, adoucissent le paysage et favorisent des circulations d’eau plus naturelles.
Étanchéité : quelles solutions pour une mare naturelle ?
Sans étanchéité adaptée au type de sol, l’eau risque de disparaître rapidement. Plusieurs solutions existent :
- La mare en sol argileux : si votre sol est riche en argile, il est parfois possible de réaliser une mare sans bâche en compactant couche par couche (30 à 40 cm d’argile). C’est la solution la plus “naturelle”, mais elle demande du savoir-faire et une bonne qualité d’argile.
- La bâche EPDM : très utilisée, durable (20–30 ans), souple et résistante. Elle permet de créer presque toutes les formes. Il faut la poser sur un fond bien nettoyé, avec éventuellement un feutre géotextile pour la protéger.
- Les bassins préformés : faciles à installer, mais souvent petits et à la forme peu naturelle. Ils peuvent cependant convenir à un tout petit espace ou comme projet d’initiation.
En permaculture, on privilégie les solutions durables et, si possible, réversibles. La bâche EPDM reste aujourd’hui un bon compromis entre durabilité, coût et flexibilité de conception.
Étapes pratiques pour créer votre mare naturelle
La création d’une mare peut se faire sur quelques jours, mais l’écosystème qui l’entoure mettra plusieurs saisons à se stabiliser. Voici un déroulé type :
- 1. Tracer la forme : utilisez un tuyau d’arrosage, de la sciure ou du sable pour dessiner au sol. Testez différentes formes et positions avant de creuser.
- 2. Creuser et modeler les paliers : prévoyez au moins trois zones : une zone très peu profonde (10–20 cm), une zone intermédiaire (30–40 cm) et une zone profonde (60–80 cm).
- 3. Nettoyer le fond : retirez cailloux pointus, racines, débris. Posez un feutre géotextile ou une couche de sable si vous utilisez une bâche.
- 4. Poser la bâche et la mettre en place : posez-la en laissant du mou, sans la tendre. Commencez le remplissage à l’eau de pluie ou à l’eau de réseau, ce qui aidera la bâche à épouser la forme.
- 5. Fixer les bords : recouvrez les bords de terre, pierres, rondins de bois, pour dissimuler la bâche et stabiliser les rives.
- 6. Installer les plantes aquatiques et de berge : patientez quelques jours, puis introduisez progressivement la végétation (voir plus bas).
Pensez à intégrer dès la conception des points d’accès pour la faune terrestre : une branche qui plonge dans l’eau, une rampe de galets, une pente douce recouverte de végétation.
Quelles plantes choisir pour une mare en permaculture ?
Les plantes sont les véritables architectes de votre mare. Elles oxygènent l’eau, filtrent les nutriments en excès, offrent des abris et des supports de ponte, nourrissent une partie de la faune… Sans elles, la mare est déséquilibrée.
On distingue plusieurs catégories :
- Plantes flottantes (nénuphars, lentilles d’eau, hydrocharis) : elles fournissent de l’ombre, limitent le développement des algues et offrent des cachettes aux têtards.
- Plantes oxygénantes (élodée, myriophylle, callitriche) : immergées, elles consomment les nitrates et produisent de l’oxygène, contribuant à la limpidité de l’eau.
- Plantes de berge et de zone humide (iris des marais, massettes naines, carex, menthe aquatique, salicaire, populage) : elles stabilisent les rives, filtrent l’eau et attirent papillons, abeilles et autres pollinisateurs.
Privilégiez les espèces locales et non invasives, adaptées à votre climat. Évitez les plantes exotiques ou trop vigoureuses qui risquent d’étouffer la mare. Renseignez-vous auprès de pépinières spécialisées en plantes aquatiques, idéalement engagées dans une démarche écologique.
Introduire (ou pas) la faune : laisser faire le vivant
Dans la plupart des cas, il est préférable de laisser la faune s’installer d’elle-même. Les amphibiens, insectes, escargots aquatiques et bien d’autres animaux trouvent très rapidement une nouvelle mare, parfois en quelques semaines seulement.
Quelques principes de base :
- Éviter d’introduire des poissons : ils mangent les œufs d’amphibiens, les larves d’insectes et bouleversent l’équilibre. Dans une mare de permaculture destinée à la biodiversité, les poissons sont rarement souhaitables.
- Ne pas “transvaser” de faune sauvage : déplacer des grenouilles, tritons ou œufs d’une mare à une autre est souvent illégal et peut véhiculer des maladies.
- Créer des refuges : tas de pierres, branches, amas de feuilles autour de la mare fournissent des abris pour les hérissons, carabes, crapauds, lézards.
Pour les moustiques, la meilleure “arme” est la diversité : libellules, chauves-souris, oiseaux insectivores et autres prédateurs naturels s’occupent de réguler leurs populations assez rapidement, dès que l’écosystème est un peu mature.
Entretien doux et respectueux de l’équilibre
Une mare naturelle en permaculture ne se “nettoie” pas comme une piscine. L’objectif est de maintenir un équilibre vivant, pas une propreté stérile.
Les bonnes pratiques :
- Limiter les feuilles en excès : à l’automne, retirez une partie des feuilles mortes qui chutent dans la mare, pour éviter un envasement trop rapide. Laissez-en tout de même un peu pour nourrir la chaîne alimentaire.
- Gérer les plantes envahissantes : si certaines plantes prennent trop de place, éclaircissez-les progressivement, de préférence à l’automne ou en fin d’été, pour perturber le moins possible la reproduction de la faune.
- Ne jamais vider complètement la mare : cela détruirait l’écosystème. En cas d’eaux troubles, cherchez la cause (trop de nutriments, apport d’engrais, ombre insuffisante) plutôt que de tout “réinitialiser”.
- Surveiller les apports de nutriments : évitez que la terre de potager, riche en compost et en engrais, ne soit lessivée vers la mare lors de fortes pluies.
Un léger voile d’algues ou quelques zones d’eau trouble au printemps ne sont pas forcément un problème : la mare vit, et son aspect varie au fil des saisons.
Intégrer la mare dans la conception globale du jardin
En permaculture, chaque élément doit remplir plusieurs fonctions. La mare peut :
- Servir de point focal paysager autour duquel vous installez un banc, une terrasse, un coin d’observation.
- Former un couple synergique avec le potager : les auxiliaires qui se reproduisent dans la mare (crapauds, carabes, libellules) participent à la régulation des ravageurs dans les cultures.
- Être reliée à une toiture végétalisée ou à des récupérateurs d’eau de pluie pour se remplir naturellement.
- S’intégrer à un verger permaculturel : les arbres profitent de l’humidité ambiante, tandis que leurs feuilles nourrissent la vie de la mare (avec modération).
Si vous aimez les aménagements écologiques, vous pouvez aussi ajouter des éléments complémentaires : hôtel à insectes, nichoirs à oiseaux, haies champêtres, buttes de culture proches… Ensemble, ces composantes transforment votre terrain en un système vivant résilient et productif.
Avec un peu de réflexion en amont et une bonne dose de patience, votre mare naturelle en permaculture deviendra, en quelques saisons, le cœur battant du jardin. Elle attirera la vie, régulera de nombreux déséquilibres et vous offrira, à chaque visite, un spectacle différent. Installer une mare, c’est accepter de partager son jardin avec le vivant et de laisser la nature reprendre une partie de ses droits.
